J’ai rencontré mon v*oleur sur une application de rencontre : Le récit bouleversant de Alexandra

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Alexandra ne voulait pas, elle lui a dit, et pourtant il ne l’a pas écoutée. Pendant des années, la jeune femme a longtemps pensé que c’était sa faute. Cette frangine courageuse nous confie son témoignage en toute honnêteté et sincérité.

L’été de mes 20 ans

En juin 2018, je venais de terminer les cours. Habitant dans le sud, c’était parti pour la saison des apéros, copains et plage ! Niveau s.e.x.u.a.l.i.t.é, je n’avais pas encore fait grand chose… Souffrant de vaginisme, je faisais toutefois une rééducation du périnée.

Comme beaucoup de jeunes de mon âge, j’avais installé des applications de rencontre. Un jour, je matche avec un certain Charlie sur Tinder. Il habitait dans une ville à 30km de chez moi. Il m’a tout de suite plu. Il avait 23 ans, 3 ans de plus que moi, à l’époque. On commence alors à parler de ce qu’on fait dans la vie, nos études, nos passions… Une conversation complètement banale.

Puis plus tard, il me pose la fameuse question « Tu fais quoi sur Tinder ? » Je lui réponds que je ne reherche pas spécialement quelque chose de sérieux. Mais je préfère être honnête de suite alors je lui précise que je ne souhaite pas non plus avoir de relation s.e.x.u.e.l.l.e. Les jours d’après, nos discussions continuent, elles sont intéressantes et fluides. Assez rapidement, on décide de se voir. Il me propose d’aller chez lui mais je refuse. Pour ma sécurité je préfère qu’on se voie près de chez moi. Il vient alors me chercher en voiture. Il faisait encore jour, il devait être aux alentours de 19h. 

« 3 fois je lui dis non mais il ne m’écoute pas »

Quand je le vois, il me plaît. C’est le même que sur ses photos : pas très grand, blond aux yeux bleus. C’est naturel et je me sens rapidement à l’aise. Puis, au fil de la conversation, il me demande pourquoi je ne veux pas aller plus loin. Je lui réponds que je fais du vaginisme et que préfère donc faire ma première fois avec quelqu’un en qui j’ai réellement confiance. Il me répond qu’il comprend tout à fait puis il arrête sa voiture dans un village voisin. On est attirés l’un par l’autre et on commence à s’embrasser.

Je ne me souviens plus de la marque de sa voiture, mais il y tenait. Alors il me dit « S’il se passe des choses entre nous : pas dans ma voiture ». On sort. Il s’est garé dans un endroit isolé. Personne autour. Ni maison ni bruit. Je commence à me poser des questions mais c’est toujours aussi naturel entre nous alors je me laisse aller. Il a ramené une nappe et de quoi boire et grignoter, on discute et on s’embrasse. À cet instant, le moment est presque romantique. Puis, ça a dérapé.

Mon refus n’a pas été entendu

Il veut que je lui fasse une f.e.l.l.a.t.i.o.n, ce que je refuse. Je commence à me sentir mal. Puis, les choses basculent. Il me pénètre sans me demander. Sur le coup, je ne comprends pas ce qui se passe, je lui demande ce qu’il m’a fait. 3 fois je lui dis non mais il ne m’écoute pas. 3 fois. Puis plus aucun son ne sort de ma bouche. Je reste muette et figée face à ce qu’il m’arrive. Impossible de bouger mon corps.

Au bout de quelques minutes, j’arrive uniquement à lui bredouiller de mettre un préservatif. Il finit par le faire en râlant puis il continue. Mon cerveau est déconnecté. Je ne pourrai pas dire combien de temps ça dure mais cela me semble alors une éternité. Je voulais seulement qu’il finisse ce qu’il avait à faire. Et que ça s’arrête enfin.

Je commence à saigner. Un peu. Puis de plus en plus. C’est à ce moment qu’il me dit d’un air écœuré, « Heureusement que j’ai mis un préservatif car je crains le sang, ça me dégoûte ». Après avoir essayé de me forcer à faire une f.e.l.l.a.t.i.o.n, il finit par se m.a.s.t.u.r.b.e.r lui-même. En silence, je me rhabille. Il me parle mais je n’entends pas. Mais il parle de plus en plus fort. « Essuie-toi je n’ai pas envie que tu taches mes sièges ! », me hurle t-il. Je ne pense désormais qu’à rentrer. Sur le trajet du retour, il me parle mais je ne l’entends toujours pas. En état de sidération, je me sens alors complètement hors de mon corps.

L’hôpital

Il me dépose dans ma ville. Sous le choc, je rejoins une amie et je lui explique ce qu’il vient de m’arriver. Quelques minutes plus tard, je me rends compte que je perds beaucoup de sang. « Mais qu’est-ce qu’il m’arrive ? Qu’est-ce qu’il se passe ? », je me rappelle lui demander complètement terrifiée. Je me dis que ça va passer, que c’est normal, on dit bien que la première fois fait saigner non ? Mais je continue à perdre du sang. Beaucoup trop pour que cela soit normal. Ma mère finit par m’amener aux urgences obstétriques.

Arrivée à l’hôpital, le médecin m’annonce que j’ai une déchirure de 2cm et demi. À 1cm près, une opération était nécessaire. La déchirure a provoqué une hémorragie expliquant la quantité de sang que j’ai perdu. Le médecin me demande si c’est une agression s.e.x.u.e.l.l.e. Encore sous le choc, je réponds que ce n’est pas le cas. Mais l’équipe médicale me le demande une seule une fois. Pas plus. Je n’ose rien dire d’autre. L’aurais-je dis s’ils m’avaient reposé la question ? Une partie de moi y pense encore. Dans les heures qui suivent, l’hémorragie finit par s’arrêter et je rentre chez moi. 

«J’espère que tu ne m’as pas refilé de maladie»

Le lendemain, Charlie m’envoie un message. Un simple, « Salut tu vas bien ? », comme s’il ne s’était rien passé. À ce moment-là je l’informe que je suis à l’hôpital par sa faute et que j’ai fait une hémorragie. Sa seule réponse : « J’espère que tu ne m’as pas refilé de maladie ». Comment est-ce possible d’être aussi méchant ?

Dans les jours qui suivent, ma détresse psychologique se fait ressentir sur ma santé physique. J’ai une angine blanche et de l’eczéma sur les mains post traumatique. Je vais voir mon médecin traitant et je me confie à elle. Elle me dit qu’elle s’en doutait, qu’elle a senti qu’il y avait quelque chose. Elle me fait une lettre pour me recommander à un confrère à l’hôpital. Confrère qui attestera l’agression s.e.x.u.e.l.l.e.

Après ça les crises d’angoisse s’enchaînent. J’ai de plus en plus de mal à respirer et je passe des journées enfermées dans ma chambre à pleurer. 1 mois après, je n’ai pas le choix d’aller faire les tests pour les MST. Quand ma mère l’apprend, elle me balance au visage, «Si on est venus t’adopter en Afrique ce n’est pas pour que tu attrapes les MST car là-bas ils n’ont pas de quoi se protéger ! Ici en France c’est possible.» Cette phrase me fait tellement mal, elle me blesse au plus profond de moi, « Je n’ai pas eu le choix, on m’a agressée ! « , je lui réponds en larmes. Plus tard, mes parents vont se renseigner à la gendarmerie sur les procédures en cas d’agression s.e.x.u.e.l.l.e. Mais je ne suis pas prête à parler et j’ai peur que ma parole ne soit pas entendue. Je choisis alors de rester murée dans le silence.

« Que fait Tinder ! En ne supprimant pas son compte, l’application protège des v*oleurs! »


2 ans plus tard, je recroise cette personne sur Tinder alors que je l’avais bloquée et signalée. Quand je le recroise je fais une crise d’angoisse, il est seulement à 5km de moi. Je le signale à nouveau pour agression s.e.x.u.e.l.l.e. L’application me demande de préciser ce qu’il s’est passé. Je m’exécute et explique le v*ol. Innocemment, je me dis qu’à partir de ce moment, je ne vais plus le croiser, que l’application va bloquer son compte et son adresse IP. Mais je le recroise chaque année ! Même à l’heure actuelle il like encore mon profil… Je suis écœurée de la personne. Ça me dégoûte qu’il vive sa vie tranquillement alors qu’il a pris une partie de mon innocence. Et j’ai peur qu’il fasse d’autres victimes, qui sait si ce n’est pas déjà le cas ? Que fait Tinder ?! En ne supprimant pas son compte, l’application protège des v*oleurs.

Pourquoi je n’ai pas porté plainte

3 ans après, j’étais décidée à porter plainte. J’ai fait rapatrié mon dossier médical. J’ai pris contact avec le médecin qui m’avait fait la lettre attestant de l’agression. J’ai voulu aller au commissariat mais en discutant avec des personnes victimes d’agression s.e.x.u.e.l.l.e, en voyant qu’ils n’étaient jamais punis : tout ceci m’a découragée.

Et puis certains de mes amis m’ont dit que c’était ma faute. Deux personnes de mon entourage m’ont fait comprendre que j’avais cherché ce qui m’était arrivé. Comment croire que l’on sera entendue par la justice quand des amis proches vous disent que c’est votre faute ? Heureusement, avec le temps j’ai fini par comprendre que j’étais une victime et que je n’avais pas à me sentir coupable. Ce n’est pas parce que je suis montée dans cette voiture que j’ai accepté ce qu’il m’est arrivé ensuite.

Aujourd’hui, 6 ans après l’agression, je vais mieux. Mes crises de paniques se sont espacées et j’ai retrouvé une s.e.x.u.a.l.i.t.é apaisée. Je me bats désormais pour les autres femmes, pour que ce qui m’est arrivé ne se reproduise plus.

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